ART

Les oeuvres de Gabriel Kishan explorent la richesse de la diversité linguistique.

Il existe, sur Terre, une quarantaine d’alphabets, plus de sept mille langues, des milliers de dialectes. Nous communiquons tous les jours sans vraiment avoir conscience de cet outil et de sa nature profonde.

Dans notre société, le langage est un pont vers l’autre, quand nous échangeons et partageons les uns avec les autres. Les langues ont toutes une musicalité et une poésie propres. Les alphabets sont des oeuvres graphiques ignorées. Avez-vous pris le temps de contempler la richesse esthétique et graphique d’une simple lettre ?

Mais qui perçoit encore la beauté d’un mot et s’intéresse à son étymologie à l’heure où nous sommes, sans cesse envahis par un trop-plein d’informations et de messages publicitaires ?

Nous vivons dans l’héritage du mythe de la Tour de Babel. Cet épisode de la Genèse où le roi Nemrod défie Dieu et les Elohim en bâtissant une tour pour les atteindre et se hisser au même rang qu’eux. À cette époque, tous les Hommes parlaient la langue adamique. Cette langue primordiale et unique a-t-elle vraiment existé ? Pour Gabriel, elle est le symbole de la connexion à l’Un et à l’Âme Universelle, dont nous sommes l’un des fragments.

Sa démarche est comparable à la sculpture. Lorsqu’un artiste choisit avec précision son morceau de marbre ou sa glaise, il sent que sa création est déjà là sous une forme brute. Il utilise, les lettres de différents alphabets, des mots, des kandjis, des mantras bouddhistes ou hindouistes et des citations de la même manière. Il les transforme pour leur donnée une nouvelle vie. Une forme latente émerge.

C’est une véritable rencontre nouvelle à chaque fois car la matière choisie ne se plie pas à sa volonté mais ils doivent avancer l’un vers l’autre.

Gabriel intègre des techniques digitales et des méthodes de fabrication industrielles pour créer des œuvres uniques et redonner du sens à sa matière première, le langage, dont la richesse et l’importance ont été négligées par nos sociétés.

Inspiré par une rencontre avec l’artiste coréen Lee Bae dont toute la recherche s’articule autour du charbon de bois, Gabriel décide d’explorer le métal. Il choisit l’aluminium pour ses qualités inoxydables et surtout pour sa relation avec la lumière.

Le format principal de ses oeuvres lui a été inspiré par la philosophie hindouiste. Les yantras et les mandalas, représentations picturales et symboliques des divinités, ne s’inscrivent pour des raisons ésotériques que dans cette forme carrée. Il a décidé d’appliquer ce principe à la majorité de son travail.